Fin

Je trouve ça presque surréaliste lorsque je regarde la date: 2013. Pour moi, plus jeune, l’an 2000 c’était l’avenir. Or ça fait déjà 12 ans que c’est passé. Je ne sais pas si c’est seulement moi, mais j’ai beaucoup de difficulté à compter la dernière décennie lorsque j’évalue rapidement la distance temporelle qui me sépare d’un événement des années 90. Comme si mon subconscient n’arrivait pas, ou ne voulait pas considérer les années 2000. J’imagine que c’est l’âge. Si j’étais né en 1990, ma vie aurait bien changé dans cette dernière décennie.

Ma vie a quand même changé pas mal dans les années 2000, mais j’ai probablement l’habitude du changement. Le changement est peut-être devenu si routinier qu’il me donne cette impression que le temps s’accélère et qu’il n’y a pas 5 minutes, on était déjà la semaine dernière.

Ce temps qui s’accélère c’est aussi des tendances, des habitudes et des moyens qui apparaissent, d’autres qui disparaissent. Il y a 7 ans, prendre ses courriels sur son portable, c’était quelque chose de presque inaccessible, en plus d’être souvent un tour de force techno. D’ailleurs, on vendait encore des PDA à cette époque qui n’est pourtant qu’hier. Il y a 7 ans, lancer son propre blogue d’opinion, c’était quelque chose de spécial. Maintenant, c’est presque devenu ringard.

De nos jours, on traine dans nos poches un lien direct avec le monde, on est branché en continu sur l’actualité. D’ailleurs, on ne se contente plus de suivre l’actualité: on la gère et on la créer, en direct, peut importe d’où on est. Malheureusement, la qualité étant de plus en plus noyée par la quantité, avec cette démocratisation médiatique l’actualité est devenue trop souvent un nid d’insignifiance.

Il y a avait certainement une partie de moi qui avait envie de changer les choses en débutant ce blogue. Un sentiment d’urgence, de survie contre l’engourdissement que j’écrivais en entrée de jeu. Ce sentiment s’est estompé. Je sens que la bataille se perd et que la bêtise et l’ignorance ont gagné du terrain durant ces 7 années. Le peuple québécois me décourage par sa lassitude et par la façon dont il se laisse entraîner vers des forfaits d’opinions préfabriquées, sans ne rien remettre en question.

À force de se faire rentrer des talkings points de chez National dans le fond de la gorge, on a fini par les croire. Un collègue blogueur et participant de la première heure de cette tribune, André Bérard, avait écrit: «Vous ne digérez pas les niaiseries, arrêtez d’en avaler!». Je pense qu’au contraire, on préfère les niaiseries en buffet à volonté, tout inclus. On laisse notre sens critique au vestiaire et notre carte de crédit au gérant pour ensuite se plaindre que ça nous coûte cher et qu’on a rien à dire.

Ça nous mène, par exemple, vers des citoyens qui n’arrivent pas à comprendre que la souveraineté du Québec, ce n’est pas la mise en place d’un gouvernement péquiste et de ses politiques en permanence. Surtout que la pertinence du PQ, après l’indépendance, devient plus que questionnable et que rien n’empêche d’élire des gens plus à droite une fois indépendants. L’indépendance, ce n’est pas un but, mais un moyen. C’est simple à comprendre si on y réfléchit un tantinet soit peu. Si on se contente de répéter les opinions de Martineau au lieu de réfléchir, ça devient plus difficile.

Au printemps, le peuple s’est réveillé diront certains. C’était vrai, dans une certaine mesure. C’est quand même un puissant signe d’engourdissement d’avoir donné, quelques mois plus tard, une cinquantaine de sièges au parti Libéral du Québec. Presque réélu malgré la magouille, la fraude, la manipulation électorale d’une crise sociale majeure, le vol et l’intérêt partisan indéniable, inexcusable et flagrant. Difficile d’y voir un peuple réveillé, d’autant plus qu’il y avait des alternatives qui suivaient les mêmes pistes politiques, tant au niveau économique que dans le statuquoisme constitutionnel.

À l’air du tl;dr, c’est devenu complexe d’intéresser en exprimant un point de vue s’il n’est pas sous forme de phrase-choc, en moins de 140 caractères. La quantité exponentiellement grandissante de contenu et de canaux ont créé une dilution du temps d’attention et ont fini par remettre en cause la pertinence d’un blogue d’opinions complètement indépendant qui publie des textes complets, sans retenue et sans contraintes. J’aime trop les mots pour m’en tenir à de courts slogans, à formater mes idées selon des formules publicitaires. Je n’ai aucune envie de calculer mon discours comme un politicien, même si j’avais à me lancer en politique.

Mon intérêt fléchissant et l’auditoire, fortement apprécié, mais stagnant depuis un bon bout, ont rendu inévitable la fin de ce projet. Il n’y a eu que 9 publications en 2012, alors il est clair que de tenir ce site en vie est devenu un acharnement. Je ne regrette rien de cette aventure, sinon peut-être de ne pas avoir tiré la plogue avant et d’avoir laissé mourir doucement le Gros bon sens.

Personne n’a jamais fait référence au sous-titre du Gros bon sens: «Vous viendrez nous voir à l’entracte.», paraphrasé de la chanson Rideau, de Plume Latraverse:

Pis ceux qui sont en tabarnak, y viendront nous voir a l’entracte
On est ben ouverts, à vos commentaires, si vous payez l’cognac.

Pour moi, ça laissait paraître une dimension de divertissement à cette tribune. Ça voulait dire que si vous mettez le jeu, je vais le jouer. Je dois avouer que quelques fois, j’ai pratiqué l’opiniâtreté volontaire et j’ai fait exprès pour brasser la cage, ou brasser le pommier comme disait un de mes profs à l’université (afin de récolter des fruits et assommer ceux qui ne sont pas attentifs). Moi en tout cas, j’ai eu du fun.

Je me suis fait traiter de toute sorte de choses sur ce blogue. Je me suis fait dire que je ne connaissais rien à rien, que je parlais à travers mon chapeau et que je devais être bien malheureux dans mon acrimonie et ma hargne. Il n’en est rien, la réalité est tout autre. Je profite de la vie, prends joyeusement plaisir à tout instant, dans les détails et les instants précieux que génèrent un petit garçon et une grande fille qui vieillissent trop rapidement… et qui font du vélo sans casque (je suis conséquent avec mes opinions).

Je vais continuer d’écrire, ça me passionne vraiment trop de jouer avec les mots et leurs sens, de raconter, analyser et transmettre, mais je le ferai dans d’autres circonstances, probablement pour servir d’autres intérêts et sous d’autres formes. Je vais aussi focaliser différemment mon désir de changer les choses: dans mon entourage, ma famille, ma communauté et qui sait, peut-être même dans un comté près de chez vous!

Merci d’avoir été là, de m’avoir lu, de m’avoir mis à l’épreuve, corrigé, critiqué et supporté. Pour ceux qui l’ont fait, merci d’avoir réfléchi et partagé vos opinions avec nous. Pour les autres, merci d’avoir fait vous-même la démonstration de l’impertinence de vos positions.

À la prochaine !
Sylvain Martel

Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison!
- Coluche

L’inconséquence et l’inutilité

Jean-Martin Aussant s’adresse à la cour afin de participer au débat des chefs. Il fait bien. Son exclusion est une flagrante inconséquence, surtout dans le scénario où Françoise David est invitée. Pourquoi elle et pas lui? Chacun de leurs partis avait un seul élu à l’Assemblée nationale et Aussant a l’avantage d’être cet élu, contrairement à David qui n’est ni élue, ni chef de parti selon son propre aveu.

J’ai lu la plateforme d’Option nationale. c’est concis, bien fait et une approche très intéressante. Je me réserve de perdre mon vote stratégique en leur donnant mon appui à ce tour-ci, mais dans les partis émergents, c’est certainement celui qui a le plan le plus crédible. Basé sur des faits et des chiffres et non pas sur des illusions et du bon vouloir.

D’ailleurs, tout de suite après celui d’Option nationale, j’ai consulté le programme de Québec Solidaire. Mon impression de ce parti ne s’en ai que renforcé. J’ai toujours trouvé que les quésistes avaient l’air d’un petit gars qui décide d’aller jouer au hockey sur la glace des grands pour ensuite leur demander de changer les règles parce qu’il n’arrive pas à suivre le puck. Or selon moi, si on décide de jouer un jeu, on accepte les règles telles qu’elles sont.

Alors voilà que mon impression d’un parti de pee-wee se confirme par le simple fait que le programme de Québec Solidaire n’est pas encore terminé, même s’ils en sont à leur troisième élection générale. Inimaginable! Comment peut-on prétendre vouloir mener la destinée d’un État, alors qu’on n’arrive même pas à pondre complètement le plan vers cette destinée? En même temps, ça me rassure sur la rationalité de ces membres qui semblent ainsi comprendre qu’ils ne vont jamais prendre le pouvoir et qui peuvent bien prendre leur temps.

Dans le contexte actuel, Jean-Martin Aussant fait bien de demander aux tribunaux de forcer sa participation au débat, il n’y a pas de raison d’offrir de l’antenne à Québec solidaire et pas à Option nationale. Mais en réalité ni lui, ni Françoise David ne devraient y être, leur présence à ce débat est inutile. Déjà à trois, un débat frôle la cacophonie, alors imaginez à quatre, cinq ou plus.

Une chose semble échapper à plusieurs, c’est que dans sa fondation même, notre système parlementaire est, concrètement, mais de façon informelle, un système bipartite. Lorsqu’un troisième parti a des chances de prendre le pouvoir, il finit par remplacer un des deux autres. Vous n’aimez pas ça et voulez changer les règles? Ok, mais vous devez d’abord gagner selon lesdites règles. Triste, injuste, mais nécessaire.

S’informer

Le premier devoir d’un électeur n’est pas de voter. Le premier devoir d’un électeur c’est de s’informer. Voici donc le programme des 5 partis qui se disputeront les sièges de l’Assemblée nationale.

;)

Coûte que coûte

Avant toute chose, je dois mettre mes cartes sur la table: j’appuie le Parti Québécois à cette élection. Premièrement parce qu’il m’apparait être le seul parti capable de battre le PLQ, et qu’en plus il arrive avec une équipe qui me semble assez solide pour changer le cap et tenir correctement la barre pendant quelques années. Mais aussi parce que je suis indépendantiste et que je crois qu’il s’agit actuellement du seul véhicule plausible vers l’indépendance, surtout face à un gouvernement conservateur au fédéral.

Je ne suis pas un partisan aveugle de la formation, ce n’est pas une formation parfaite et j’ai déjà voté pour quelques autres partis. Mon choix est issue d’une réflexion, selon ce que je crois être actuellement le meilleur intérêt pour la collectivité ainsi que moi-même, tant au niveau national que local.

On parle beaucoup du vote stratégique pour cette élection. Chez les partisans déçus devant le refus du PQ de participer à un front uni, on le diabolise: c’est un faucheur de conscience. Je pense sincèrement qu’à situation grave doivent s’appliquer des moyens tout aussi graves. Ça implique de laisser ponctuellement sa partisanerie de côté. La politique est une arène où ça joue dur, selon des règles qui ne sont pas toutes écrites et pas toutes justes. Mais à ce coup-ci, il faut jouer cette partie selon les règles en place pour sortir l’adversaire commun et ne pas perdre par obstination ou par orgueil. C’est le moment d’utiliser le système de façon optimale, incluant ses failles et faiblesses. Il ne faut surtout pas oublier qu’eux, ils l’exploiteront au maximum ce système imparfait afin de faire pencher la balance en leur faveur.

Après, on pourra retourner sur nos positions respectives et tenter de s’entendre sur un nouveau plan de match et un nouveau livre de règlements. Le front uni, nous l’avons tous, individuellement sur notre bulletin de vote. Nous pouvons tous déloger le parti libéral dans notre comté en nous ralliant au candidat le plus plausible de battre le libéral.

Le constat est très clair et généralisé: on doit sortir les libéraux du pouvoir coûte que coûte. Et le plus important, c’est ce «coûte que coûte». Je l’ai dit, je suis indépendantiste et j’appuie le candidat du Parti Québécois. Mais si jamais, dans le prochain mois, le candidat de la CAQ semble en voie de déloger le libéral de mon comté, je voterai pour lui. Je ferai passer un tour à mes convictions les plus profondes dans l’intérêt supérieur du peuple et de la nation.

La situation est grave et urgente, il n’y a qu’un but à cette élection: se débarrasser des dilapideurs de notre bien commun qu’est le Parti Libéral du Québec.

De retour

Si je n’ai pas publié d’autres textes durant la grève étudiante et la crise sociale du printemps, c’est que, bien que mon attention y était monopolisée, je n’avais pas grand-chose à rajouter de pertinent. Il m’aurait été difficile d’écrire autre chose qu’un cri du coeur parce que lorsque je vois mes policiers jouer le jeu politique de mon premier ministre en tabassant et arrêtant arbitrairement de mes concitoyens pacifiques, ça m’écoeure et m’indigne au plus haut point. Donc, impossible pour moi de prendre du recul et de pondre quelconque analyse posée. Impossible aussi de canaliser cette hargne dans quelque chose d’intelligible. Beaucoup de critiques, beaucoup de désarroi, très peu de propos constructifs. Le repos était de mise.

Maintenant que la pause est terminée et qu’on est au début de la troisième période, je peux plus facilement arriver à deux conclusions. Premièrement, le métier de journaliste est en voie d’extinction. On a tout remplacé par le commentaire et la plupart de ceux qui restent en poste ne sont que de vulgaires colporteurs de scénarios bâtis par les boites de relations publiques. Bien entendu, certaines exceptions confirment la tendance.

Deuxièmement, c’est que mon implication politique locale et active, qui était pratiquement inexistante depuis 1995, sera remise en service cette semaine parce que je considère qu’il est de mon devoir de faire tout ce que je peux faire pour sortir ce gouvernement corrompu et versatile.

Voilà, c’est aussi simple que ça. Il y aura élection demain, alors ça redonne le goût d’écrire!