Au cas où vous ne sauriez pas, la Montérégie va se donner des airs de Texas dans les prochaines années. En effet, plusieurs compagnies d’exploitation gazière ont la main mise sur la région, possédant des « claims » de prospection et d’exploitation du gaz de schiste.
Déjà à Saint-Édouard de Lotbinière et Saint-Thomas-d’Aquin, des têtes de puits ont fait leurs apparitions sans que les citoyens en aient été avertis. Dernièrement, une de ces compagnies gazières, l’Australienne Molopo, est venue cavalièrement annoncer aux citoyens de St-Marc-sur-Richelieu qu’elle venait s’installer chez eux, sans qu’ils puissent dire quoi que ce soit. Des citoyens s’inquiètent et s’organisent. Le pire dans cette histoire, c’est que la compagnie a raison: la Loi sur les mines qui encadre cette industrie a préséance sur toute autre loi canadienne ou québécoise, dont la Loi sur la qualité de l’environnement, la Loi sur l’eau, la Loi sur le développement durable et la Loi sur les municipalités.
Une nouvelle loi est prévue pour encadrer l’exploitation gazière, sauf que la loi sera présentée par la ministre Normadeau en automne et de nouveaux puits seront en opération dès l’été prochain. La ministre, dont le ministère a déjà octroyé plus de 500 permis, est très enthousiaste face à l’exploitation de cette ressource, ce qui laisse présager que ladite loi sera un accommodement pour les compagnies plutôt qu’un chien de garde pour les citoyens.
Le gaz de schiste est un gaz naturel emprisonné dans de la roche (le schiste) à des profondeurs de quelques milliers de mètres et qui demande un processus d’extraction assez complexe, qui n’est pas sans rappeler le processus d’extraction des sables bitumineux en Alberta. L’extraction implique notamment l’injection de grandes quantités d’eau et des centaines de composés chimiques afin de fissurer la roche et de libérer le gaz.
On ne connait pas réellement l’impact de cette exploitation puisque les études et données proviennent des experts des compagnies gazières elles-mêmes et n’ont pas fait l’objet de vérifications indépendantes. Aussi, le développement du gaz de schiste a été soustrait à la démarche gouvernementale d’évaluation environnementale. Par contre, on sait que chez nos voisins de l’État de New York, on a récemment décrété un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste afin de protéger les réserves d’eau.
Je n’ai rien contre l’exploitation d’une ressource gazière au Québec, mais il faut faire attention: la Montérégie c’est notre garde-manger. Déjà qu’on importe beaucoup trop de nos aliments qui pourraient être cultivés ici, si en plus on contamine le sous-sol ou plus simplement si on créer un déséquilibre économique en faisant qu’une terre vaudra plus pour ce qu’elle contient en profondeur que ce qu’elle produit, on risque de perdre une indépendance alimentaire essentielle que l’on paiera cher à long terme.
L’autre chose qui me tracasse dans cette histoire, c’est pourquoi encore une fois nous donnons notre richesse naturelle à des compagnies étrangères? N’avons-nous pas compris avec nos forêts et nos mines? Si ce gaz a à être exploité, et il le sera absolument à un moment donné, pourquoi ne pas se donner les moyens de l’exploiter nous même?
La vitesse et la discrétion suspecte avec laquelle cette industrie s’implante sur la rive sud du St-Laurent ne laissent présager rien de bon. Par exemple, la compagnie Questerre Energy rencontre les élus de la MRC de Rouville mercredi soir prochain afin de présenter ses projets d’exploitation du gaz de schiste pour son territoire. Une rencontre qui n’est pas ouverte au public.
La décision à prendre dans un tel contexte, si nous avions un vrai gouvernement responsable, serait d’arrêter tout ça et de prendre du recul afin d’étudier le portrait le plus large possible. Bordel, on fait 10 ans d’études avant de construire un hôpital ou un pont, pourrait-on y penser 2 minutes avant de forer la Montérégie au grand complet? De toute façon, le gaz est là depuis des millions d’années, il ne s’évaporera pas et prendra certainement de la valeur avec le temps.
S.Martel
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