Le gouvernement du Québec va probablement diminuer la limite du taux d’alcool dans le sang au dessus de laquelle il est interdit conduire un véhicule, de 0.08 à 0.05. Ça n’est absolument pas surprenant. Comme dans à peu près tout le reste des interventions gouvernementales en sécurité routière, on cherche une solution miracle simpliste à grands coups de généralités au lieu de mieux cibler ses interventions.
Ce qui m’inquiète au plus haut point, c’est de la façon que cette mesure semble vouloir s’implanter. Parce qu’on ne parle pas vraiment d’abaisser la limite à laquelle vous commettrez un acte criminel, on parle plutôt de sanctions administratives. Le policier constatant l’infraction aurait la discrétion de saisir le véhicule suspendre le permis de conduire du conducteur fautif durant une période de 24 heures.
Selon moi, une telle mesure qui est laissée à la discrétion d’un policier, c’est une source de potentiel d’abus de pouvoir. Alors, après la mise en vigueur de cette nouvelle règlementation, soyez poli si vous pensez être dans la légalité, mais que vous sentez que le policier a eu une mauvaise soirée. Parce que même si vous contestez plus tard son action, il vous aura retourné chez vous en taxi et vous fera aller chercher votre voiture à la fourrière le surlendemain et dans le cas des plus zélés, avec une contravention pour l’avoir laissé sur le bord de de l’autoroute.
Un flou artistique de plus dans une loi qui, dans sa présente mouture, vous suspendra votre permis pour 90 jours si vous échouez un alcotest, même si vous prouvez hors de tout doute votre innocence devant un juge. La sanction dite «administrative» étant appliquée avant que vous puissiez vous défendre en cour, il est de mon avis que ce n’est rien de moins qu’une atteinte sérieuse à des principes juridiques de base.
Je pense aussi que si c’est vraiment dangereux de conduire avec de 50 à 80 mg d’alcool par 100 ml de sang, on se devrait d’appliquer à 50mg exactement la même règle qu’on applique présentement à 80 mg.
Marie Claude Morin, du lobby américain MADD (Mothers Against Drunk Driving) souligne dans cet article du Soleil que «de nombreuses études démontrent que les automobilistes qui conduisent avec un taux d’alcoolémie supérieur à 50 mg sont plus à risque d’être impliqués dans des accidents de la circulation»
Une affirmation, qui n’est probablement pas fausse, mais qui va dans le même sens que si on affirme que les gens qui prennent l’avion ont plus de chance de mourir dans un crash que ceux qui restent au sol ou que ceux qui mangent des arachides ont plus de chances de s’étouffer que ceux qui mangent des guimauves. De la généralisation surgénéralisée.
Cette mère en colère prend la peine de rappeler que JE a démontré, par une enquête faite sur un simulateur de conduite avec trois personnes, qu’avec 50mg d’alcool dans le sang, on a une conduite plus erratique. Trois volontaires sur un simulateur à JE, ça c’est de la preuve scientifique solide! Le taux d’erreur de cette étude doit être plus élevé que le taux de participation aux dernières élections.
Le plus bête dans cette solution miracle, c’est que de baisser la limite à 0.05, ça ne permet pas de cibler les chauffards récidivistes ou alcooliques. D’ailleurs, je ne connais pas les chiffres, mais au pif je dirais que la plupart des gens qui se font prendre à quelques milligrammes au-dessus de la limite ne seront pas des candidats à la récidive ou ne sont pas des alcooliques. Ce sont des gens qui ont mal évalué un comportement ou mal évalué une réaction chimique difficilement évaluable et pour qui la simple humiliation de s’être fait passé les menottes leur aura servi une leçon qui leur restera à l’esprit pour le reste de leurs jours. De plus, leur imposer un cours, à leurs frais, sur la consommation responsable comme ça se fait maintenant, ne fait que caricaturer le processus de conscientisation.
Cette nouvelle règlementation me semble encore une mesure qui ne permet que de fermer la boite à certains groupes qui gueulent fort, mais qui ne règle pas le vrai problème. Le vrai problème n’est pas la secrétaire qui a pris un cocktail de trop au party de bureau, c’est le gars qui prend son char tous les soirs après être passé huit heures à la taverne. Pour lui, que la limite soit .08 ou .05, ça ne change strictement rien.


Je crois bien que le fameux «l’alcool et vitesse n’est pas en cause dans cet accident» a fait des petits. Vous le savez bien, c’est devenu la phrase de choix des médias rapportant un accident, éclipsant complètement des facteurs tout aussi importants ou probables comme l’attention, l’expérience, la condition du véhicule et de la route.
Le blogueur se pousse: grosse année, vacances bien méritées! Je termine donc l’année 2008 tout en légèreté avec cette petite anecdote issue de mes vacances de l’an passé. Ça se passe dans un complexe hôtelier en Amérique centrale…
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