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Expiré

Je me méfie beaucoup des dates d’expiration. Pour la bouffe, on dit bien «meilleur avant» et non pas «plus bon à partir de», ce qui laisse entendre que le produit est consommable, mais pas à son meilleur. C’est donc des considérations de goût et non pas de nuisibilité qui dictent cette date. Et c’est bien la seule chose qui est dictée par le goût dans le domaine alimentaire où on préfère vous vendre l’idée d’aliments rationnels plutôt que bons.

Dans le cas des médicaments vendus sans ordonnance, je ne m’en fait pas trop non plus. Si le médicament perd en efficacité, comment peut-il gagner en dangerosité? Et si c’était le cas, il ne se trouverait tout simplement pas en vente libre. La date d’expiration des médicaments est probablement plus souvent fixée par les services juridiques et marketing des compagnies pharmaceutiques que par les laboratoires.

Le truc est vieux comme la pub: mettez une date d’expiration plus rapprochée et vous vendrez un remplacement plus rapidement, donc plus de produits en fin de compte. Dans le cas des médicaments, la paranoïa entre en ligne de compte et elle peut être un vecteur de décision très important.

Aujourd’hui, j’ai appris qu’il y a des dates d’expiration sur les sièges de voiture pour enfants. On s’entend qu’on parle ici de métal, plastique, nylon, etc. Je n’y croyais pas, mais après vérification sur le site de Transport Canada, il y a bien une durée de vie utile sur ces sièges vendus au Canada, même s’il n’y a aucune réglementation à cet égard.

On le sait, la sécurité des enfants est un marché qui surfe sur la paranoïa. Ça va des bouchons pour les prises de courant aux casques pour l’intérieur et filets attrapeurs d’enfants. Or, si toutes ces craintes étaient justifiées, aucun enfant n’aurait dû sortir vivant des années 60.

Pourquoi devrait-on considérer cette «vie utile», si son importance ne mérite même pas une simple règlementation? Les fabricants s’étant probablement rendu compte que les parents refilaient leurs sièges à d’autres après usage ou que le marché du siège usagé devenait trop florissant à leur goût, ils ont pondu une liste d’arguments aussi futiles les uns que les autres. Voici cette liste (tiré du site de Transport Canada) :

• L’exposition à la lumière solaire et l’utilisation fréquente peuvent endommager le plastique;
• Les étiquettes apposées sur le produit se décolorent ou deviennent difficiles à lire;
• Les consignes de sécurité ont probablement été égarées;
• Les aliments, les nettoyants, les boissons et autres produits renversés ou utilisés sur les sangles, les attaches, les dispositifs de réglage et d’autres parties, peuvent empêcher leur fonctionnement sécuritaire;
• Il devient difficile de vérifier l’historique ou les conditions à l’égard du siège d’enfant et du coussin d’appoint (p. ex. a-t-il été impliqué dans un accident, était-il entreposé dans un endroit ou d’une façon qui pourrait endommager les pièces?);
• La réglementation et les normes de sécurité peuvent avoir changé, si bien que des produits plus sécuritaires peuvent être offerts sur le marché;
• Le deuxième propriétaire ou tout propriétaire subséquent peut ne pas recevoir les avis de rappel s’il survient des problèmes de sécurité.

En gros, ça se résume à: votre siège usagé peut être sale et vous n’avez pas les instructions, alors allez chez Toys’R’Us flamber 200$ sur un nouveau siège.

Du plastique et des ceintures de nylon, il y en a plein ma voiture. Pourtant, Toyota ne suggère pas de remplacer l’habitacle de ses véhicules après 6 ans! Pourquoi est-ce différent dans le cas de siège pour enfant? Si les matériaux utilisés dans la fabrication de ces sièges ne sont pas de bonne qualité, n’y a-t-il pas lieu de légiférer leur fabrication?

La personne qui m’a fait découvrir ces dates d’expiration peste allègrement contre le marketing, la publicité et la surconsommation. Il faut croire qu’on a réussi à lui passer une balle glissante et la retirer sur élan. Dans ce cas comme dans d’autres, dès que le contexte implique des enfants, la raisonnabilité fout le camp et l’émotivité devient seul maître à bord.