Pierre Desrochers, professeur au département de géographie de l’université de Toronto Mississauga, a pondu une étude affirmant que la consommation de produits locaux ne favoriserait pas la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il soutient, entre autres, que seulement 11% des gaz associés à la production de nourriture sont imputables au transport. Je l’ai entendu en débat à la radio avec la vertueuse Laure Waridel la semaine dernière et j’ai trouvé son ton et son propos rafraîchissant.
Est-ce qu’il a raison ou non? Peu importe, il ose remettre en question ce qui est devenu un dogme et ça, c’est important. Parce que dans le discours environnementaliste, on a tendance à cloisonner les positions dans des camps de bons et de méchants, comme dans un mauvais western spaghetti. Il faut prendre pour du cash, sans questionner, ce que les bons organismes de défense et de promotion de l’environnement nous disent et rejeter sans même les considérer ce que les méchants pourfendeurs avancent. Il n’y a plus de place à la réflexion, il n’y a que des absolus.
Je déteste ces absolus. En adoptant aveuglément les positions, d’un côté comme de l’autre, même celles qui nous semblent les plus évidentes, on finit par s’en faire passer quelques-unes, disons «moins fraîches». Quand un clan n’a plus vraiment à convaincre, que seule sa notoriété fait poids de preuve, la rigueur en prend un coup, c’est inévitable. En ce sens, un Pierre Desrochers est important, ne serait-ce que pour garder ses adversaires idéologiques sur le qui-vive.
Le professeur a répondu à Laure Waridel, qui venait de mettre en cause les sources scientifiques derrière son étude, qu’il attendait toujours son chèque des lobbys du pétrole. L’étude du professeur Desrochers est commanditée par l’Institut économique de Montréal, ce qui la place dans un contexte qu’il est absolument important de considérer. Mais il ne faut jamais oublier que de l’autre côté de la table, ce contexte est tout aussi important. Les organismes de défense et de promotion de l’environnement, ce sont eux aussi des lobbys et des entreprises. Steven Guilbault ne fait pas du bénévolat chez Équiterre, c’est sa job. C’est ce qui lui permet de mettre du céleri-rave sur sa table.
En défendant son étude, le professeur affirme qu’il faut regarder l’ensemble du cycle de production pour évaluer la situation. Il donne en exemple les fraises de Californie. Un hectare de terre peut en produire jusqu’à 50 000 kg, alors qu’en Ontario ce chiffre varie entre 7000 kg et 10 000 kg. Mais il omet une donnée primordiale. Les grosses fraises californiennes à 50 000 kg/hectare ne goûtent pas bon. C’est, selon moi, une des données les plus importantes, pourtant, c’est celle que l’on met de côté le plus rapidement.
Les aliments sont bien plus qu’une empreinte de carbone, une source de fibres, d’oméga 3 et d’antioxydants. C’est aussi une source de plaisir et de bien-être. Il y a des choses qui ne se calculent pas en quantité de gaz à effet de serre.

Je suis passé à la SAQ hier matin. Je n’avais pas prévu y aller, mais comme j’avais des cadeaux corporatifs à acheter, j’ai décidé de le faire à ce moment, passant devant la si bien ravitaillée succursale de la rue Beaubien. J’ai déjà 2 sacs réutilisables de la SAQ, mais je ne les traîne pas dans mes poches au cas où il me viendrait l’idée d’acheter du vin, à tout hasard.
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