Amir Khadir ayant été identifié en 2010 comme le politicien le plus populaire au Québec, du même coup il est devenu la cible de la droite québécoise. Personnellement, je trouve ces étiquettes directionnelles simplistes, réductrices et restreignantes, mais puisque ce mouvement politique s’en autoréclame fièrement, je les nommerai comme tel.
Ainsi donc, ils sont droitistes et ont décidé de fixer leur aversion sur un député solitaire, sans trop de pouvoir ou de moyens et ayant une notoriété plutôt modérée avant qu’ils ne braquent eux-mêmes les projecteurs sur lui. Est-ce voulu? Donne-t-on de l’importance à notre proie afin que la chasse semble plus fructueuse? D’un point de vue stratégique, j’ose espérer que oui, mais en même temps, j’en doute.
J’en doute, parce que malgré que leurs idéaux politiques soient basés sur des réflexions et analyses poussées, le message, lui, semble sortir sans trop de gestation et sans aucune retenue. À grands coups de qualificatifs douteux et de raccourcis intellectuels notoires du genre: Kadir veut islamiser le Québec.
J’ai remarqué que chez ces amateurs de libéralisme et autres penchants tribordesques, il n’est pas rare de pourfendre les paroles de l’adversaire alors que l’on tient exactement le même genre de discours en le faisant.
Mathieu Bock-Côté, un des porte-voix de cette tendance politique, écrivait une lettre d’opinion dans La Presse en décembre dernier, dans laquelle il accusait l’ultragauche d’utiliser la diabolisation et de « caricaturer l’adversaire sous le signe du mal radical ». Son texte était une longue caricature des militants gauchiste et il y faisait exactement ce qu’il y dénonçait.
En fin de semaine s’organise, une fois de plus, une contre-manifestation chez Le marcheur, cette boutique de la rue St-Denis prise en otage au milieu d’une chicane puérile entre deux camps, le PAJU (Palestiniens et Juifs unis) d’un bord et un groupuscule de militants droitistes de l’autre.
Ces contre-manifestations ont pour but de «venir en aide» au commerçant, en le débarrassant de militants du PAJU. Or, les militants du PAJU ne seront pas là en fin de semaine, ils l’ont annoncé. Les autres y seront encore pourtant. S’ils veulent appuyer le commerçant, qu’ils arrêtent de s’en servir dans leurs élans de victimisation. Pensez-vous qu’ils vont aider le commerçant en s’agglutinant autour de sa boutique avec caméras et journalistes, alors qu’il n’y aura aucune manifestation à contrer? Ils feront à monsieur Archambault, le propriétaire de la boutique, exactement ce qu’ils dénoncent depuis des semaines: ils vont lui causer un tort en l’empêchant de commercer librement. Pensez-vous que la clientèle du Marcheur a envie de se montrer parmi ces manifestants antimanifestants, de passer par leur activité médiatique afin d’aller s’acheter des souliers?
Qu’on ne lâche pas le morceau dans cet épisode, ça donne une impression qu’il n’y a pas beaucoup de viande après l’os. Quand le débat se concentre sur si peu de manifestants qui ne manifesteront pas devant une boutique, c’est parce qu’on a faim d’enjeux réels.
Je sais que certains vont dire oui, mais la gauche, ils font exactement la même chose et ne se le font pas reprocher ici. Leur tour viendra. Et ça me ramène à la même perception de ce jeu politique. Dans un débat politique qui s’est infantilisé de façon drastique depuis un an ou deux, il faut revenir à des principes qu’on a appris à la petite école: ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse et n’abaisse pas les autres afin de donner l’impression que tu t’élèves.
Commentaires récents