Rue Frontenac a récolté cette semaine les témoignages de policiers de la Ville de Montréal qui affirme que des supérieurs ont tenu des réunions pour transmettre à leurs patrouilleurs la demande de la Ville de distribuer davantage de contraventions.
Bien entendu, le responsable de la sécurité publique à la Ville de Montréal et maire de l’arrondissement Verdun, Claude Trudel, a répondu que c’était de la pure fabulation. Même si à la suite de cette «supposée» demande, le nombre de contraventions distribuées a augmenté de 46%. Les mêmes fabulations que la collusion dans l’industrie de la construction j’imagine.
Alfredo Munoz, lui-même ex-sergent du SPVM et président de l’entreprise SOS Ticket, confirme qu’il a eu des quotas de contraventions à distribuer dans sa carrière (18 contraventions par jour au moment où il a quitté les rangs du SPVM). Il se demande d’ailleurs pourquoi les unités de circulation ne font pas d’opération la nuit, le moment de la journée où la plupart des accidents mortels reliés aux excès de vitesse ont lieux.
Dans le même ordre d’idée, pourquoi une opération radar est toujours une embuscade si le but recherché est l’augmentation de sécurité routière? Ne serait-ce pas plus efficace d’être bien visible, de loin, afin que le plus de gens ralentissent? N’est-ce pas là exactement la stratégie derrière l’implantation de cinémomètres qu’on annonce bien clairement et d’avance? Ça serait bien moins payant, voilà pourquoi. «Si on voulait vraiment sauver des vies, on mettrait des radars aux endroits dangereux, pas aux endroits les plus passants» affirme monsieur Munoz. La Ville de Montréal a amassé plus de 135 millions de dollars en contraventions en 2008.
C’est la même chose du côté de la SQ. La plupart des accidents graves se produisent sur les routes secondaires, mais c’est à la sortie du pont Champlain qu’on fait l’énorme opération radar. Un endroit peu dangereux où l’excès de vitesse est de toute façon limité physiquement par la haute concentration de circulation, mais où le haut débit de voiture assure aussi une continuité dans l’apport de revenus tout au long de l’opération.
C’est pour ça aussi qu’on capitalise presque exclusivement sur la vitesse. C’est facile, ça demande peu de ressources et c’est rapide. Et comme l’omniprésent message de sécurité routière ne tient compte, lui aussi, que de cette variable, ça semble tout à fait normal et justifié. Donner des contraventions pour l’état mécanique des véhicules ou le comportement des conducteurs (conduite dangereuse), c’est plus long, plus complexe et beaucoup moins payant.
Je suis tout à fait pour la sécurité, difficile de prétendre le contraire, et j’en fais preuve chaque fois que je prends le volant, le vélo ou mes souliers. Mais cette sécurité doit être réel et non pas simplement un prétexte à taxer arbitrairement. Parce que quand on ignore volontairement les vrais problèmes pour se concentrer sur ce qui est payant, la sécurité en général, elle ne peut que diminuer. Et si les contraventions sont devenues une source de financement pour les villes et leurs services de police, n’auront-ils pas avantage à laisser les contrevenants continuer à contrevenir?
Ce qui pose un autre problème, d’un ordre juridique cette fois-ci. Lors d’une contestation de contravention en cour, le bénéfice du doute est accordé au policier puisqu’il n’a pas d’intérêt propre à défendre. Que la ville gagne ou non devant le citoyen qui conteste ne devrait avoir aucune incidence sur lui. Or, s’il doit remplir un certain quota de contravention, si ces contraventions servent par la bande à gagner sa vie, il a un intérêt personnel dans le dossier. Il n’a plus d’impartialité dans le dossier et le bénéfice du doute ne peut plus lui être octroyé systématiquement.
Le pire dans tous ces mensonges et détournements, c’est que je crois que les citoyens finiraient par accepter de se faire dire la vérité et le réel but de ces opérations. C’est un peu le principe de l’utilisateur-payeur: ceux qui ont besoin de la police pour les contrôler payent pour leurs salaires. Je crois même que ça aurait une vraie conséquence sur la pédale d’accélération de savoir que les policiers sont spécifiquement à la chasse au contrevenant afin de boucler leurs budgets et assurer leurs salaires.
S.Martel
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