Depuis qu’il est possible de signer sa carte d’assurance maladie pour indiquer qu’on accepte de donner ses organes, ma carte est signée. Plus récemment, lors d’une rédaction de testament, j’ai fait notarié ce don afin qu’à mon décès on puisse accélérer les prélèvements de mes organes en outrepassant la nécessité d’une autorisation d’un membre de ma famille (depuis 2006, la Chambre des notaires du Québec a rendu disponible au personnel médical pertinent, un registre de donneurs).
Dans le domaine du don d’organe, on fait une distinction entre les donneurs décédés et les donneurs vivants, ceux qui offrent, par exemple, un de leurs reins à une personne compatible. Je croyais bien que le don d’organe de la part de personnes décédées était devenu quelque chose d’assez courant. Si on m’avait demandé combien de personnes décédées ont donné leurs organes au Québec l’an dernier, j’aurais surement opté pour un nombre totalisant plusieurs milliers.
Je me suis donc frappé à une triste réalité lorsque j’ai su qu’en 2009, au Québec, il n’y a eu que 138 donneurs décédés. Même si on considère qu’un peu moins de 1,5 % des personnes décédés au Québec répondent aux exigences relatives aux donneurs d’organes, c’est bien peu. On calcule le taux de donneurs décédés dans une population par million d’habitants. Ce taux est de 17,6 au Québec ou 0.00176%, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne canadienne de 14,5.
Je ne comprends tout simplement pas ces chiffres affreusement petits. Remarquez que, pour une fois, on n’est pas pire qu’ailleurs sur la terre: les meilleurs taux de pays européens sont dans le bas de la vingtaine de donneurs par million d’habitants, avec une exception marquée pour l’Espagne à plus d’une trentaine.
Pourquoi voudrait-on préserver l’intégrité de notre carcasse après notre propre mort? Surtout quand on sait que le don d’une seule personne décédée permet de sauver plusieurs vies, en moyenne trois par donneurs et un potentiel de huit. Au Québec, le taux de donneurs stagne. Alors qu’on semble vouloir de plus en plus ouvrir un débat sur l’euthanasie et le droit de mourir, je pense que celui du don d’organe devrait prendre une place tout aussi importante.
S.Martel
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