Quand on veut se balancer, faut commencer par se donner un élan avant de récolter de la vélocité. Il me semble qu’il y a de ces principes de base qui échappent à certains, par exemple au président de la STM, Michel Labrecque.
Il veut augmenter l’achalandage de son réseau de 40% dans 10 ans. Bravo, superbe initiative. Comment compte-t-il s’y prendre? Mon instinct logique me dicte qu’il voudra augmenter les services tout en baissant les coûts d’utilisation. Non, on tasse la carotte pour y préférer, une fois de plus, la stratégie du bâton.
Il y a un adage américain qui dit: Build it and they will come. L’offre qui précède la demande ou même l’urgence, c’est un signe de vision à long terme, voire même d’avant-gardisme. Au Québec, on a tendance à inverser ce principe. La ville de Québec projette de se doter d’un nouvel amphithéâtre. On le construit? Non. On commence plutôt par vendre des sièges virtuels, dans un amphithéâtre inexistant pour des événements supposés. On voudrait presque voir les promoteurs s’engager à y produire des événements qui ne sont même pas encore des germes d’idées dans l’esprit des créateurs.
Michel Labreque a calculé qu’une hausse de taxe de 13,2 cents le litre d’essence provoquerait un «transfert modal» de 5% des automobilistes qui opteraient pour le métro. Selon moi, il y a déjà là erreur de conception. S’il parlait d’un pourcentage de taxe sur l’essence, le diamètre de son bâton ne diminuerait pas par rapport aux hausses incontournables du prix de l’essence dans la prochaine décennie.
Cette hausse de taxe, qu’il entend progressive, permettrait de financer les infrastructures nécessaires pour accueillir une nouvelle clientèle à mesure qu’elle augmenterait. C’est un peu comme si quelqu’un décidait d’économiser ses fonds de poches afin de s’acheter une maison comptant. Il faut être beaucoup plus proactif que ça quand on veut vraiment construire quelque chose. Une maison, ça s’achète à coup d’hypothèque et tu vis dedans le temps que tu «économises» en la remboursant.
Quels sont ces projets d’infrastructures? Un tramway autour du centre-ville et vers Côte-des-Neiges, une augmentation de la capacité du métro en remplaçant les voitures et en construisant des nouvelles stations sur la ligne bleue dans l’est, à Longueuil et à Laval, l’augmentation de la flotte d’autobus et l’implantation d’un système de trolleybus. Il veut tout faire ça en 10 ans? Faudrait que quelqu’un lui rappel que ça a pris 10 ans à construire 3 stations de métro à Laval et que ça a aussi pris 10 ans pour s’entendre sur le terrain où construire le nouveau CHUM et qu’après une dizaine d’années de projet de réfection de la rue Notre-Dame, on a seulement réussi à produire quelques beaux dessins en 3D. D’après moi, il se croit dans l’administration Drapeau.
Pour atteindre (et peut-être même dépasser) ses objectifs d’achalandage, il lui faudrait inverser sa solution: construire les infrastructures maintenant afin d’encourager les gens à utiliser le transport en commun. Bien entendu, à court terme, ça fait des montants astronomiques à faire passer dans l’opinion publique, mais à long terme, tout le monde en sortirait gagnant. Je pense que le succès du métro de Laval en est une superbe démonstration, si bien que plus personne ne revient sur le milliard de dollars qu’il a coûté.
S.Martel
infrastructures, Montréal, services, STM, transport 
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