L’ingérence politique

Je ne partage pas beaucoup de points de vue avec Amir Khadir ou son parti politique. Nous avons des vues et des visées, la plupart du temps, diamétralement opposées. Mais parfois, comme il le démontre dans ce document vidéo, je ne peux que lui lever mon chapeau. Combien d’autres députés de l’Assemblée nationale seraient allés poser des questions directement aux policiers, rendre compte directement sur le terrain de ce qui se passe afin d’interpeller le ministre? Je n’en connais pas un autre.

Il semble donc que samedi, un groupe de manifestants se soit fait servir la tactique d’intimidation mainte fois répétée par les services policiers dans les dernières semaines, notamment à Gatineau la semaine dernière: On déclare une manifestation illégale, on lance un avis de dispersion, on empêche les manifestants de se disperser pour ensuite procéder à des arrestations massives.

Il n’y a pas eu de grabuge samedi à cette manifestation, il n’y en a pas eu dimanche à la grande marche non plus. Pourtant, 80 personnes ont été arrêtées samedi et aucune dimanche. Remarquez que ça aurait été politiquement impensable qu’il n’y en ait dimanche, alors que samedi, ça rentre sous le sens du profil préélectoral que semble vouloir se donner le gouvernement libéral. Ça sent de plus en plus l’ingérence politique dans le processus de sécurité civile et qu’on ne fasse même plus l’effort de la subtilité, c’est encore plus inquiétant que n’importe quelle grève, émeute, insouciance ou incompétence gouvernementale.

Peu importe votre opinion sur ce conflit ou votre tendance politique, ce type de comportement de la part de services de police devrait vous inquiéter au plus haut point. Parce qu’un jour c’est sur votre petit bout de terrain qu’on viendra piétiner et vous voudrez, vous aussi, avoir la possibilité d’exercer un de vos droits les plus fondamentaux sans être la cible d’une commande politique.

Le mépris urgent

Je l’ai trouvé réactionnaire, puéril, maladroit et lacunaire. Je l’ai supposé évanescent et anecdotique. Un soubresaut générationnel, périodique, faisant partie de l’expérience du grand chemin de l’apprentissage démocratique. Un relâchement de naïveté, nécessaire au passage obligé à l’âge adulte.

Selon moi, ce l’était. Or ce ne l’est plus du tout. Le mouvement de grève étudiant est devenu l’enfant curieux qui nous a permis d’ouvrir une porte et de surprendre les adultes exerçant leurs plus bas instincts de survie. Ils n’ont plus de masque et leurs vrais visages ne sont plus aussi sécurisants.

La persistance du mouvement étudiant et de ses joueurs principaux a fini par déjouer les plans de communication et de relations publiques élaborés dans les grandes tours, loin de la rue. On peut contrôler la rondelle un bout, mais encore faut-il faire quelque chose avec. Si c’est pour aller s’écraser dessus dans le coin de la patinoire ou la lancer dans les gradins afin de gagner un peu de temps, ça finit par irriter le spectateur.

Parce que le spectateur n’est pas dupe, il voit bien la stratégie derrière les coups. Il déchiffre le désespoir du coach qui envoie son goon défoncer la tête d’un adversaire. Il est capable de remplir les traits entre les points. Quand la maison est pleine de fumée, pas besoin de voir spécifiquement les flammes pour comprendre qu’il y a le feu.

À défaut de pouvoir prendre l’avance à coup de patin politique, nos dirigeants ont décidé de jouer du bâton. On n’y croyait plus. C’est d’une autre époque, d’un autre monde. Pourtant, aujourd’hui notre gouvernement bat nos enfants dans la rue, littéralement, parce qu’ils demandent d’être entendus dans une décision qui les concerne.

Pour moi, ce gouvernement a toujours été corrompu et exploiteur du bien commun au nom de sa petite garde rapprochée. C’est la raison d’être même de son parti politique. En bon démocrate, j’avais décidé simplement d’être patient, quitte à ramasser plus tard les pots cassés ou vides.

Mais là, c’est assez. Un gouvernement du Québec qui montre des signes de fin de régime en se réfugiant dans des comportements ostensibles aussi odieux, c’est inacceptable.

Charest, tu peux bien nous voler, nous trahir, nous mépriser et nous vendre à tes amis, mais jamais je ne te laisserai jouer de la police sur nos enfants, au nom de l’ordre et de ma «sécurité». D’une nonchalance patiente, ton gouvernement m’a finalement poussé vers un mépris urgent.

J’appuie le mouvement de grève étudiant parce qu’il faut qu’il serve à nous débarrasser de ces petits valets sans honneur, ces pourvoyeurs de honte qui prétendent encore, malgré l’indubitable démonstration du contraire, servir nos intérêts.

Décorum en Norvège

La vidéo suivante présente l’ouverture du procès de Anders Behring Breivik en Norvège. Le meurtrier de 77 personnes (il a déjà reconnu les faits) y va de sa fanfaronnade d’extrême droite et saluant la foule, mais ce qui m’impressionne dans ce clip, c’est la suite.

Ceux qui, de toute évidence, sont les membres de la cour qui le jugera, s’avancent vers l’accusé et lui serre la main. Un geste lourd de sens. Un geste qui n’enlève rien à l’horreur des actes commis et de la probable divagation derrière eux, mais ce geste élève la noblesse et le niveau de civisme de la société que cette cour représente. Selon moi, face à la barbarerie de l’extrémisme, il n’y a pas meilleur choix que d’élever son sens du civisme. Ce geste me dit: nous allons le juger, mais nous le considérons humain et nous allons agir avec toute la dignité et le décorum nécessaire au respect de cette humanité. D’ailleurs, on lui reproche justement une insuffisance criminelle de ce même respect.

Ça change des ti-casses qui s’amoncèlent sur le bord des Palais de justice pour crier des bêtises aux accusés, de ceux qui réclament «justice» parce que leur soif de vengeance n’est pas assouvie par un jugement ou plaident pour la peine de mort dans un élan purement émotif, ayant écarté toute réflexion sérieuse.

Je suis bien content de vivre moi aussi dans un État de droit, où la justice sait garder la tête froide et où le respect n’est pas pondéré selon les reproches. Une société où un geste aussi banal qu’une poignée de main peut devenir un symbole de grâce collective. Où les bûchers populaires ne sont que des souvenirs ou des souhaits, selon à qui vous demandez.


 

 

 

 

Ce texte est également disponible sur Le Globe, où je commence une collaboration dès aujourd’hui!

 

Lamentable

Ça jase beaucoup ce matin autour de ce clip issu de l’émission Face-à-face sur le réseau V. Je vais vous avouer que je ne l’ai pas regardé au complet. À mes yeux, cet interview n’a aucun intérêt, et ce, dès le début.

En effet, la première question de Caroline Proulx commence par l’affirmation suivante: «Certains considèrent que jusqu’à maintenant, c’est un échec lamentable (…)»

Monsieur Dubois-Nadeau n’aurait même pas dû entamer une réponse à cette mise en contexte. Il aurait simplement dû demander: c’est qui ça «certains»? Qui affirme ça?

Dans le fond, «certains» c’est simplement l’opinion de cette animatrice. C’est un truc largement utilisé chez Fox News de passer sa propre opinion sous le couvert d’une rumeur populaire aussi floue qu’incertaine.

Désolé ma chère, mais certains diront que si dès la première question de votre interview vous n’êtes même pas capable d’établir une mise en contexte factuelle, ça ne vaut pas vraiment la peine de vous écouter!

Cultiver l’insuffisance

Ce matin j’ai entendu une conversation séance de pompage entre Richard Martineau et Éric Duhaime à LCN. Martineau disait «J’espère qu’il n’y aura pas de casse dans la manifestation d’aujourd’hui» et ce que j’entendais dans son ton, c’était: «J’espère qu’il y aura de la casse». Après tout, il a un show à faire avec un hélicoptère dans le ciel et de la casse serait une bonne pelletée de charbon dans la fournaise de sa machine à images.

Ce fut donc un cinq minutes d’échange d’énoncés préfabriqués, déjà maintes fois répétés, exposant le point de vue d’une certaine tendance droitiste.

Et je me suis dit que c’était dommage que ce soit tout ce que ça prend à un auditoire, à une population. Dommage parce que pour pousser des idées, cette tendance droitiste n’a qu’à répéter des phrases-chocs. Pas vraiment besoin d’argumenter, de démontrer ou de valider, on n’a qu’à marteler la formule pour qu’elle rentre dans la tête.

J’ai écrit des textes sur cette grève qui peuvent laisser croire que je suis du même avis que ces gens. Il n’en est rien. Je trouve le mouvement maladroit et brouillon, certes, mais à la base, un accès à des études universitaires sans que l’étudiant ait à les payer directement me paraît une excellente idée. Je trouve que ce mouvement de grève se gaspille en portant sur le détail administratif qu’est la hausse actuelle, plutôt que sur le grand principe de « gratuité ». Dommage aussi que les étudiants ne dressent pas un plan détaillé et homologué afin que ce principe se transforme en mesure viable, dans la réalité actuelle ou d’un avenir rapproché.

Mais en écoutant la parade de pseudo-évidences que la télé déversait chez moi ce matin, je me suis dit que si ça ne prend que quelques récurrences à une opinion pour devenir réalité dans l’esprit des gens, les études supérieures ne devraient pas seulement être gratuites, elles devraient être obligatoires!